13 août 1961 – 65 ans

65 ans après la construction du mur de Berlin, le souvenir de la réalité de la RDA, avec ses dispositifs de sécurité frontaliers tournés vers l’intérieur, semble avoir atteint l’âge de la retraite. – Quoi qu’il en soit, l’oubli semble se généraliser, et pas seulement chez les habitants de l’ancienne RDA et leurs expériences du Mur, des barbelés, de la bande de la mort, des miradors, de l’ordre de tirer et des soi-disant « dispositifs de tir automatique », qui n’étaient rien d’autre que des mines à fragmentation antipersonnel : Orientées vers l’intérieur – contre ce qu’on appelait la « fuite de la République », par ceux qui souhaitaient quitter le pays, comme le montrent les ordres écrits (très allemands) et les décisions documentées. En particulier dans les médias publics, qui n’existaient pas dans la partie est de l’Allemagne et qui n’existeraient pas dans la partie est d’une Ukraine divisée.

Il est remarquable que les nostalgiques de la RDA ne se contentent pas de faire le jeu de l’agresseur russe, mais qu’ils considèrent la division du pays comme une solution séduisante pour l’Ukraine. – Ils préfèrent peut-être occulter leurs propres expériences, ou celles de leurs parents, face au Mur, aux barbelés, à la bande de la mort, aux miradors, à l’ordre de tirer et aux soi-disant dispositifs de tir automatique – mis en place pour lutter contre la soi-disant « fuite de la République » des personnes souhaitant quitter le pays ! Poutine, l’ancien colonel du KGB à Dresde, ne les a pas oubliés et les garde à portée de main dans un tiroir.

Un aide-mémoire

En 1945, les puissances alliées victorieuses de la Seconde Guerre mondiale ont divisé l’Allemagne en quatre zones d’occupation, mais la séparation entre les zones d’occupation occidentales des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France a rapidement été levée. Le nom de « frontière inter-allemande » est devenu officiel en 1949 avec la création des deux États allemands (RFA, RDA). Il ne s’est toutefois jamais imposé. Dans le langage courant, on continuait à parler de « frontière entre les zones » ou de « frontière intra-allemande ». https://en.wikipedia.org/wiki/Soviet_occupation_zone_in_Germany

Le « décret relatif aux mesures à prendre sur la ligne de démarcation entre la République démocratique allemande et les zones d’occupation occidentales » du 26 mai 1952 a consolidé cette séparation. Sur le plan administratif, ce processus a été réglementé par le décret relatif à la « nouvelle réglementation des mesures à la ligne de démarcation entre la RDA et l’Allemagne de l’Ouest ».

Une frontière a été créée, comportant une bande de contrôle de 10 mètres de large, sécurisée à son extrémité ouest par une clôture de barbelés. La bande de sécurité s’étendait sur 500 mètres. La zone interdite du côté de la RDA fut initialement fixée à 5 kilomètres. Les habitants de cette zone interdite furent enregistrés. Les visiteurs devaient demander un laissez-passer une semaine à l’avance pour pouvoir pénétrer dans la zone interdite. Dans le cadre de l’« opération Ungeziefer » de 1952 et de l’« opération Kornblume ou Festigung » de 1961, les citoyens « indignes de confiance » furent déplacés de force vers l’arrière-pays.

L’objectif poursuivi par les dirigeants de la RDA avec ce renforcement de la ligne de démarcation était d’empêcher un exode massif vers l’Ouest. Après l’échec de la note de Staline et la neutralisation de l’Allemagne tout entière, la frontière fut présentée à la population comme un « rempart antifasciste » destiné à « protéger la RDA contre les agressions de l’ennemi de classe ». Outre la prévention des fuites massives, elle servait également de « rideau de fer » entre deux ordres sociaux distincts, la politique d’apaisement initiale des trois puissances victorieuses occidentales s’étant transformée en une forme de protection face à l’URSS. La répression sanglante du soulèvement ouvrier du 17 juin 1953, ainsi que celle du soulèvement hongrois du 23 octobre au 4 novembre 1956, toutes deux menées par des chars russes, ont démontré l’incompatibilité des démocraties occidentales avec le système colonial soviétique du COMECON.

À partir de 1961, la frontière fut en partie minée et équipée de barrières électrifiées. Une autre caractéristique inhumaine fut l’installation (de 1970 à 1983) de dispositifs de tir automatique du côté de la RDA (la « bande de la mort »). 30 000 gardes-frontières étaient cantonnés à proximité de la frontière dans le but d’« arrêter ou d’éliminer » tout intrus. http://de.wikipedia.org/wiki/Schießbefehl

À partir de 1971, ces zones interdites ont été partiellement réduites. Sur les quelque 1 400 kilomètres de frontière, on comptait environ 900 km de barrières frontalières, auxquels s’ajoutaient environ 450 km de dispositifs de tir automatique, environ 250 km de champs de mines de type 66, environ 600 km de fossés anti-véhicules et environ 1 000 tours de guet. Les citoyens qui avaient réussi à s’enfuir étaient discrédités en tant que « réfugiés de la République » ; leurs familles restées au pays étaient victimes de répressions. http://de.wikipedia.org/wiki/Selbstschussanlage

De Berlin à Kyiv

Du discours prononcé par Kennedy à Berlin en 1963, on ne retient que le fait qu’il se soit qualifié de « Berlinois ». Là encore, le reste est tombé dans l’oubli. Le 26 juin 1963, il a prononcé à Berlin, devant la porte de Brandebourg, un discours qu’il tiendrait aujourd’hui, nous pouvons en être sûrs, de la même manière sur le Maïdan à Kyiv :

« Ce qui vaut pour cette ville vaut également pour l’Allemagne : une paix véritable et durable en Europe ne pourra jamais être garantie tant qu’un Allemand sur quatre se verra refuser le droit élémentaire des hommes libres, à savoir le droit de décider librement. Au cours de ces dix-huit années de paix et de bonne volonté, cette génération d’Allemands a mérité le droit à la liberté, y compris celui d’unir leurs familles et leur nation dans une paix durable et dans la bonne volonté envers tous les peuples. Vous vivez sur un îlot protégé de liberté, mais votre vie fait partie d’un tout. Permettez-moi donc, pour conclure, de vous inviter à porter votre regard au-delà des dangers d’aujourd’hui vers les espoirs de demain, au-delà de la liberté de cette ville de Berlin ou de votre pays, l’Allemagne, vers l’avancée de la liberté partout dans le monde, au-delà du Mur vers le jour de la paix dans la justice, au-delà de vous-mêmes et de nous vers l’humanité tout entière.

La liberté est indivisible, et tant qu’un seul homme est asservi, personne n’est libre. Lorsque tous seront libres, nous pourrons alors nous réjouir du jour où cette ville sera à nouveau réunifiée et où ce pays, ainsi que ce grand continent qu’est l’Europe, feront partie d’un monde pacifique et plein d’espoir. Lorsque ce jour viendra enfin – et il viendra –, les habitants de Berlin-Ouest pourront se remémorer avec une modeste satisfaction le fait qu’ils ont été en première ligne pendant près de deux décennies.

Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont des citoyens de Berlin, et c’est pourquoi, en tant qu’homme libre, je suis fier de ces mots : « Je suis un Berlinois. » https://www.jfklibrary.org/archives/other-resources/john-f-kennedy-speeches/berlin-w-germany-rudolph-wilde-platz-19630626

En 1983, sous la pression exercée par le prêt de plusieurs milliards accordé par la République fédérale à la RDA en faillite, les dispositifs de tir automatique furent démontés, les mines détruites à l’explosif et remplacées par des parcours pour chiens. Avec la « chute du Mur » le 9 novembre 1989, la frontière devint franchissable à de nombreux endroits. Ce n’est qu’avec la Journée de l’unité allemande, le 3 octobre, que le Mur a pris fin. À Hötensleben, en Saxe-Anhalt, une petite partie des installations frontalières a été conservée à titre de mémorial TH (Source : Hötensleben, entre autres)

 

News

Poutine et les Traités

Les recettes de Poutine pour les traités On a souvent remis en question le caractère contraignant du mémorandum de Budapest. Il était commode de prétendre qu'il s'agissait d'une obligation moindre, étant donné qu'il n'avait pas été ratifié. Le mémorandum, inscrit dans...